Du sevrage difficile du Cymbalta 60 mg

(Un autre article très populaire de feu mon blog, ressuscité pour vous aujourd’hui)

Je vais vous conter l’aventure de mon sevrage médicamenteux d’un antidépresseur appelé Cymbalta. J’en ai déjà beaucoup parlé sur le réseau social blanc et bleu, mais comme tout le monde n’a pas le génial privilège d’être dans ma liste d’amis là-dessus, je vais en parler ici aussi. (Je plaisante, pour le génial privilège, je suis une vraie plaie sur FB.) Et, qui sait, ça pourra servir à d’autres.

Donc. Je prends ce médicament depuis plusieurs années, d’abord prescrit à 30 mg par gélule, puis à 60 mg, pour « améliorer mon sommeil ». Parce que c’est mon grand problème de dépressive : je gamberge sans arrêt, surtout la nuit quand je n’arrive pas à dormir pendant cinq minutes, puis le cerveau se met en route et enchaîne les rêvasseries pour m’empêcher définitivement de me rendormir.

Voilà plusieurs fois que je parlais de mon mauvais sommeil à M. Psy (pas celui de Gangnam Style, non, le psy avec un diplôme en psychiatrie). (Je mets une touche d’humour si je veux, j’en ai bien besoin. Et puis c’est mon blog). Je me réveille plusieurs fois par nuit, pour finir de dormir pour de bon entre trois et quatre heures du matin. De plus en plus souvent. Ces insomnies m’ont un peu plus enfoncée dans la dépression, le mal-être, et les problèmes de relations sociales qui vont avec. En effet, difficile d’aller faire la fête assez loin de Rennes s’il faut conduire un peu longtemps pour rentrer, après quatre heures d’un sommeil agité. Parce qu’en plus, mes rares heures de repos sont hantées par des rêves tout droits sortis d’un passé très lointain.

M. Psy, donc, m’a prescrit une double dose de la chose pour m’aider à dormir. Les mois passent, et les insomnies ne décident pas d’aller voir ailleurs pour autant. La consultation suivante est arrivée un beau jeudi, après trois jours pratiquement sans sommeil, et il a décidé de me changer de médicament. S’en suivent des explications sur le mode d’emploi du Nouveau Médicament, qu’il faut prendre au coucher, immédiatement avant de dormir. Le Valdoxan n’est pas un somnifère, ça reste un antidépresseur, mais il « aide à dormir ». Soit. Si c’est comme la double dose de Cymbalta, ça ne me fera rien, je me méfie un peu, mais j’accepte le changement.

Ordonnance en main, je me rends à la pharmacie, un peu anxieuse de commencer un nouveau traitement impliquant l’arrêt du Cymbalta. Car il m’était arrivé de me trouver à court de gélules, et dans mon souvenir cela avait été particulièrement désagréable.
J’ai avalé mon dernier Cymbalta le dimanche de Pâques au matin. Cela fait donc cinq jours que j’ai arrêté.

Retour sur un calvaire

Calvaire, martyre, chemin de croix, le vocabulaire religieux ne manque pas pour décrire ce que j’ai vécu. Parce que le Cymbalta 60 a été arrêté brutalement, pour passer directement au Valdoxan 25, sans prise d’une dose dégressive. Je maudis un peu M. Psy de n’avoir pas énormément parlé de cette phase lors de notre entretien.

Lundi 21 : trente-six heures après la dernière prise de Cymbalta, j’ai commencé à devenir une pelote de nerfs, irritable pour un rien, agacée par des détails, et même carrément odieuse après qu’on m’ait prise pour un jambon sur Twitter (quelqu’un m’a spoilé Game of Thrones, j’ai dit « pas de spoilers ! » et on m’a répondu « nan mais ça n’en était pas un », alors que si. Et un beau. Bref). Les choses qui ne me font que hausser un sourcil d’habitude me donnent envie de sortir un flingue. Je sors de mes gonds plus vite que l’éclair. Et je dis des monstruosités que je ne regrette pas le moins du monde, sur le moment.

Mardi 22 : j’ai presque passé une bonne nuit grâce au Nouveau Médicament, mais elle a été en pointillés. Je me dis que jusqu’ici tout va bien, et que le sevrage du Cymbalta se passera sans doute bien. M. Psy a dit que le Valdoxan pourra mettre jusqu’à quinze jours pour être efficace, mais cette nuit encourageante me laisse penser que je suis quand même sur le bon chemin. Je parviens à me traîner jusqu’à mon club de loisirs créatifs, à suivre tout un cours d’encadrement bien compliqué, et à animer un cours de cartonnage toute seule. Yay. J’ai les doigts un peu gourds, je suis dans la lune en voiture, mais je reste assez zen pour ne pas secouer les élèves de mon cours. Mais…

Soixante heures après l’arrêt brutal du Cymbalta, en plus d’être cette boule de nerfs particulièrement pénible, je remarque des symptômes physiques gênants. Paupière qui saute, temps de réaction quand même vachement plus long au volant (oh, tiens, ça freine. Ça FREIIIINEUH !! *écrase la pédale du frein*). Rash sur la main gauche, que j’ai envie de me sectionner tellement elle me démange. S’il n’y avait que ça, ce serait presque le Club Med. Mais il y a aussi les décharges électriques intempestives. Oui, vous avez bien lu, je « prends le courant » au pif, quand Dieu (ou allez-savoir-qui) a décidé qu’il fallait que je reste éveillée. Je perçois des secousses dans les membres, et la tête. Parfois dans le corps tout entier. Picotements très, très désagréables. C’est écrit sur la notice du Cymbalta que ça peut arriver. Sans blague… Exactement comme la fois où j’avais manqué de médocs, mais en tellement pire. Le cours de mes pensées est systématiquement interrompu quand ça se produit. Et j’appréhende chaque coup de jus à venir. D’où des difficultés à m’endormir, le soir venu.

Mercredi 23 : insomnie totale, cette nuit. Rien de rien, malgré le Valdox’. Mêmes symptômes que la veille, avec une divinité sadique qui manipule sur moi un Sport-Elec invisible. Et la migraine… Une migraine historique, qui m’obligera à porter de larges et épaisses lunettes de soleil en ce sombre jour pluvieux. Ô joie, le soir, on a un repas de famille… J’y suis allée malgré tout, lunettes noires sur le nez, même pour le retour en voiture après la tombée de la nuit. Hum.

Le nouveau symptôme du jour ? Une sorte d’hypersensibilité : j’ai pleuré en entendant le mot « Carcassonne » à la TV. Et même pleuré pour rien, une bonne partie de l’après-midi, vautrée sur le canapé, à attendre que passe le mal de tête le plus puissant depuis que je vis ici. Envie de passer par la fenêtre pour en finir avec l’électricité dans ma pauvre tête.

Jeudi 24 : hier, donc. Hier se tenait le repas des animatrices de mon club de loisirs créatifs, et j’avais promis (avant que tout ne tourne mal) que je covoiturerais ces dames jusqu’au chic restaurant où nous devions nous rendre. Presque cinq heures à table, parmi des dames fort sympathiques mais qui parlent souvent un peu fort… C’était mal barré. Et pourtant il n’y a pas eu de nouvelle migraine, la nuit précédente a été presque bonne, et les conversations n’ont presque pas été gênantes pour mes pauvres oreilles. Encore un peu de « courant » qui passe, mais Dieu semble se lasser avec l’électro-stimulation. Ce fut au final une bonne journée. Le repas gastronomique offert y est certainement pour quelque chose, mais pas seulement 🙂

Vendredi 25 : une nuit qui aurait pu être pire. Je me suis levée à 5h30, pour dormir un peu de nouveau sur le canapé de sept à neuf environ. Toujours les secousses électriques, mais elles sont moindres en intensité et en fréquence. Je commence à croire que je vois le bout du tunnel. J’irai même faire un tour en ville. C’est là que je remarquerai que la sensibilité étrange à tout ce qui peut me rappeler des vacances ou une escapade dans le sud me fait chialer : j’ai fui le rayon voyage de la librairie après avoir senti monter les larmes devant un petit guide de poche sur un simple week-end à Rome. Un peu plus tard, ce sera un CD de musique baroque chanté en italien qui me fera pleurer comme une madeleine.

Le bon bout

Oh, j’ai tout de même acheté un T-shirt et des babioles (dont un bouquin d’art-thérapie) en allant en ville, ce qui veut dire que la Grande Tentation de faire chauffer la CB est toujours là. Mais je commence à bénéficier d’un repos réel et réparateur, et ça fait tellement de bien ! Ce qui me fait un bien fou aussi, ce sont les ami-e-s qui me soutiennent quel que soit mon taux d’irritabilité, voire de méchanceté. Et mon taux de « bon-à-riennisme » quand je vais mal. Sans ces gens là, sans le Muh, sans sa maman, les choses déjà très difficiles à vivre auraient été bien pires. Vous, les ami-e-s et la famille, je vous cœur cœur cœur.

[EDIT] Vous êtes très nombreuses et nombreux à visiter mon blog à travers ce billet. N’hésitez pas à faire part de votre expérience de ce médicament dans les commentaires ci-contre, et vous verrez, vous ne serez pas seuls avec votre médicament… Vous êtes des dizaines, des centaines à vous renseigner sur le sujet.